Question générale

Cette thématique de recherche s’intéresse aux relations entre les disponibilités en ressources, leur accès et la dynamique des populations humaines et des territoires  sur les moyens et longs termes.

Animateurs : Gibert M. (AMIS), Beranger S. (BRGM), Darrozes J. (GET), Valdeyron N. (TRACES)

 

Contexte et Objectifs

L’objectif développé ici à travers les deux clés d’entrée que sont les ressources et les territoires consiste à analyser sur les temps moyens et longs les relations Société/Environnement. Il s’agit ici d’apporter, via les sciences du passé, une analyse dépassant le court terme et permettant d’évaluer la résilience et les capacités d’adaptation des sociétés et/ou de l’environnement aux changements globaux à des échelles de temps plus longues.  L’idée sous-jacente est que les temps longs permettent de repérer différentes stratégies d’adaptation de la part des sociétés au cours du temps qui peuvent permettre de définir des modèles d’adaptation [Redman et Kinzig, 2003].

L’objectif est également d’apporter un regard complémentaire sur la résilience des socio-écosystèmes en analysant les interactions et surtout, les dynamique(s) des relations entre phénomènes sociaux et environnementaux à différentes échelles. La reconstruction d’une « histoire régionale intégrée » apparaît essentielle à la compréhension des situations actuelles, voire même de participer à une aide à la décision. Elle permet d’aborder différentes questions-clés telles que les tendances et les évolutions des variations par rapport à l’état d’équilibre, les points (espace et temps) de rupture ou plus simplement d’affiner soit le contexte soit les conditions de pré-changements (Dearing et al, 2015).

Un site-pilote

Le « site-pilote » a vocation à permettre le développement conceptuel et méthodologique qui sera mis en œuvre ensuite sur d’autres sites ateliers de la ZA PYGAR dans le cadre général de la question 3. L’objectif est 1) d’y développer une approche éco-historique couvrant le dernier millénaire, avec des niveaux de précision qui seront bien entendu variables selon les époques et 2) d’ancrer cette analyse dans une perspective à plus long terme, en remontant au moins jusqu’au Tardiglaciaire (18 000 BP).

Un « site-pilote », défini selon trois pré-requis : 1) la confirmation d’un potentiel autorisant cette approche, à savoir un maillage de sites et des ressources scientifiques assurant une continuité temporelle satisfaisante. Cette confirmation s’appuie sur l’existence de travaux antérieurs, publiés ou non. 2) un espace privilégié pour le développement de la question Q3. Ceci se traduit ici par une continuité « amont-aval » avec, outre la relation montagne-piedmont, celle relevant de l’axe fluvial Garonne. 3) la capacité de ce site à mobiliser un maximum des forces en présence au sein du projet de ZA, pour faire lien entre la reconstitution des interactions passées et les questionnements actuels, qu’ils soient scientifiques ou sociétaux.

Le site-pilote, espace géographique et continuité temporelle : le site-pilote comprend, depuis l’amont, les vallées de St Béat et de Luchon, les autres vallées affluentes de la Garonne et s’étend, vers l’aval, jusqu’à St Gaudens, en suivant l’axe du fleuve. La cohérence de cette zone pour une étude socio-écologique est avérée par les systèmes d’échanges anciens qui se traduisent par exemple par les activités thermales et marbrières. Les gisements en grotte de Gargas et de Troubat, datés de la fin du Paléolithique (à Troubat la transition Tardiglaciaire/Postglaciaire est particulièrement bien renseignée), attestent d’une occupation humaine ancienne remontant au moins au DMG. Cette zone, également riche en sites protohistoriques (2ème et 1er millénaires av.n.è), est par ailleurs bien connue par le site antique (1er au 4ème siècles ap.n.è.) –puis médiéval (VIIème au XVème siècle ap.n.è.) de Lugdunum Convenarum, l’actuelle St Bertrand de Comminges. Ces éléments garantissent la qualité et la faisabilité de l’ancrage sur le long terme.

 

Analyse des interactions Sociétés/Environnements

La nature des sources d’informations disponibles pour l’analyse de ces relations Sociétés/Environnements varie dans le temps. Pour la période historique, des écrits, dont les détails et les qualités d’information vont croissants au cours des siècles, permettent une analyse plus complexe. La reconstitution des relations s’appuie alors sur une approche diachronique à l’aide de textes d’archives, de cartes, de plans, de cadastres et d’images anciennes. Certaines de ces sources une fois géoréférencées peuvent faire l’objet d’une analyse quantitative sur l’évolution de l’occupation du sol et des paysages par l’Homme. Cette analyse peut être automatisée (suivant les sources) mais nécessite aussi des développements méthodologiques qui intéressent plus particulièrement les géographes et les géomaticiens du projet.

L’ancrage sur le plus long terme du schéma issu de cette première approche fait appel à plusieurs méthodes, certaines fournissant des données « potentiellement continues » d’hier à aujourd’hui. L’analyse paléo-environnementale, déjà expérimentée dans les Pyrénées sur d’autres sites, sera mise en œuvre ici. Les sites archéologiques fournissent des données plus ponctuelles mais cependant essentielles pour appréhender la nature des processus impliqués dans les changements environnementaux et l’évolution des territoires et des usages. Le développement des analyses génomiques et paléo-génomiques permet de compléter ces visions des biodiversités végétale et animale [Pedersen et al, 2015]. Le minéral est également une ressource structurante pour les réseaux d’échanges de biens ou de personnes, tout au long de la période prise en compte. Une approche consistera à comparer les éléments minéraux avec les constituants des formations géologiques ou du sol, que ces éléments soient issus d’outils lithiques, d’habitats et autres (carrières, mines..). Des méthodes isotopiques permettent notamment d’en rechercher les provenances et d’en établir les patrons de circulation.

Au sein des différentes ressources citées, certaines espèces pourront être préférentiellement suivies sur le long terme. Le choix de ces espèces reposera sur des questions méthodologiques comme sur des enjeux en termes de gestion (espèces patrimoniales, espèces ressources pour l’Homme). De même, l’approche éco-historique sera orientée vers des problématiques associées aux risques naturels (crues, mouvements de terrain, etc..). L’ensemble des approches développées sur ce site pilote ont vocation à être transférées vers d’autres sites de la ZA PYGAR mais également à faire l’objet d’échanges et collaborations au sein du réseau des Zones Ateliers avec, comme pierre angulaire, les sciences de la société (histoire, archéologie, géographie…) qui pourront alimenter et/ou questionner les sciences naturelles (écologie, agronomie …) et les sciences de la Terre (géologie, géomorphologie…).